| Préface
J’ai
entendu parler de cet ouvrage pour
la première fois à la mi-novembre 2001. L’actualité
nationale était alors dominée par ce qui est devenu l’affaire
MCI - SONAPRA et dont on ne parle plus, l’amnésie collective
ayant fait son œuvre, nourrie par le flot torrentueux de
l’information.
Pour
résumer, on peut retenir que
Martin Rodriguez, opérateur économique bien
connu dans le secteur du tourisme doit 14 milliards à la
Sonapra. Et visiblement il n’est pas pressé de payer ses dettes.
Et personne ne semble, à défaut de le rappeler à l’ordre, avoir
le courage de le rappeler à ses engagements. Et tous ceux qui ont
tenté de lever le petit doigt pour rappeler à Rodriguez ses
engagements, se sont faits peur en se souvenant de l’amitié
politique de Mathieu Kérékou qui protège le débiteur indélicat
qui, en plus, a le privilège d’être le filleul du chef de l’Etat
Richard Rodriguez, le père de Martin qui doit pas moins de 14
milliards à la Sonapra, fut en effet, plusieurs fois ministre quand
Kérékou et le parti unique le PRPB ont gouverné la République
populaire du Bénin.
Donc
Martin Rodriguez doit 14 milliards à la Sonapra, et si l’on en
croit les manchettes de l’époque, il est décidé à en découdre
avec la Sonapra et les organisations de producteurs de coton pour ne
pas payer sa dette. On en était là quand l’Etat béninois
par le truchement d’un communiqué du conseil des ministres décide
d’allouer une subvention de 10 milliards « pour sauver la
campagne cotonnière 2001-2002 »
Les premiers moments après cette annonce, le front du Béninois
moyen se ride vainement pour savoir au nom de quelles
mânes de nos ancêtres le gouvernement se refuse à
recouvrer la créance de 14 milliards « pour sauver la
campagne cotonnière 2001-2002 », et préfère gaspiller 10
milliards aux frais du contribuable. Puis fatigué de ne pas trouver
une réponse, le Béninois moyen hausse les épaules plus par résignation
que par fatalisme car il en a
vu d’autres, de l’achat par Amadou Cissé d’un aéronef présidentiel
surfacturé au triple de sa valeur réelle à la cession
rocambolesque de la Sonacop à Séfou Fagbohoun
en passant par le contrat scabreux signé avec Bernard Tailly
l’expert en réduction de coûts.
Mais
la subvention est restée en travers de la gorge de l’auteur de ce
livre. Janvier Yahouédéou, Docteur et spécialiste ès ingénierie
informatique qui s’occupe aussi d’information depuis qu’il a
lancé Radio PLANETE FM
95.7 avec le succès qu’on sait, ne décolère pas : « mais
Maurille, est-ce que quelqu’un peut m’expliquer pourquoi Kérékou
ne veut pas faire payer ceux qui doivent à l’Etat et décide
d’utiliser 10 Milliards de nos maigres ressources pour couvrir ses
amis au lieu de nous faire des routes ou de construire des écoles ? »
Je
ne savais pas trop quoi répondre. Et même si j’avais eu un début
de réponse, il m’aurait à peine écouté car il était lancé :
Mais pourquoi alors passe t'il
le temps à nous parler de moralisation ? De bonne
gouvernance ? Pourquoi ? » Et profitant du calme qui
précède la tempête que je devine à la veine qui saillit sur son
front, je glisse un « peut-être faut-il lui demander les yeux
dans les yeux » facétieux, en songeant au moment où je
pourrais interviewer Mathieu Kérékou dans le cadre de Planète
7/7, le magazine hebdomadaire d’actualités que j’anime sur
Radio Planète.
Et
l’auteur me rétorque « bof ! Tu crois qu’il te dira la vérité ?
Moi je crois que c’est un véritable caméléon (ce qui, soit dit
entre nous était une véritable lapalissade ) Maurille je te dis
que Kérékou est un véritable caméléon car si on regarde depuis
1972 et l’affaire KOVACS on comprendra que c’est un véritable
animal politique qui réussit toujours à se camoufler malgré tous
les coups tordus qu’il y a pu avoir ! Et là,
je te jure qu’on verra pourquoi il passe le temps à nous
parler de moralisation alors que les gros bandits sont dans son
entourage et sont protégés ! On verra pourquoi il passe le
temps à nous parler de bonne gouvernance alors que le pays va
mal ! On verra les vraies couleurs du Caméléon ! »
Et moi je lui oppose « KOVACS et tout ça, combien de gens
sont au courant ? » Et la réponse fuse « si
personne ne sait et bien radio Planète leur dira ! On
achèvera le livre qui était en chantier»
Trois
mois plus tard, ce livre paraît,
fruit du travail acharné de son auteur
obsédé par les vraies couleurs du caméléon. L’ouvrage
est accompagné d’un CD audio qui en résume le contenu par ma
voix et j’en suis heureux et flatté à la fois : flatté
d’avoir été associé à l’œuvre et heureux de
l’aboutissement du projet !
En
réalité les vraies couleurs du caméléon est le premier tome
d’une nouvelle production de Radio Planète : « LE
DROIT DE SAVOIR » ; Le titre est assez explicite sur la
vocation de cette nouvelle émission qui a en outre le souci de la
postérité en publiant un livre à chaque édition ; verba
volant, scripta manant en français les paroles s’envolent
mais les écrits restent.
Ce
premier numéro
a-t-il trouvé les réponses a toutes les interrogations de
l’auteur ? Il serait prétentieux de répondre par
l’affirmative. Mais ce livre a le mérite d’avoir éclairé
d’une lumière nouvelle le premier grand scandale financier de
l’histoire contemporaine du Bénin (qui s’appelait Dahomey dans
le temps), l’affaire KOVACS caractérisée par des faits de
corruption au plus haut niveau de l’Etat et ses dégâts collatéraux Janvier
ASSOGBA, Adrien HOUNGBEDJI, Bertin BORNA… et tous les autres
anonymes. Autre mérite,
la lecture de ce livre permet de mieux se faire une idée des mécanismes
de la mauvaise gouvernance ambiante, dont la réalité est loin de
la profession de foi d’un homme politique dont les ressorts de la
longévité au pouvoir méritent bien qu’on y consacre un volume
de « LE DROIT DE SAVOIR »
A
fortiori causa, il faut convenir
la lecture des documents compilés que les considérations
anthropologiques liées à la gestion des conflits qui privilégie
le compromis, « le fameux consensus national » ne suffit
plus pour expliquer le règne de l’impunité, lequel si l’on
n’y prend garde risque bien de gommer la vertu, l’éthique de
notre lexique. Et c’est là que réside le dernier mérite de ce
livre. Et ce n’est pas le moins important.
Car
au-delà du ton réquisitoire, c’est un cri d’un cœur citoyen,
un coup de gueule pour actionner la balise de détresse de notre
conscience collective avant
que la vertu ne déserte complètement le forum. Telle est ma
conviction après la lecture de cet ouvrage, et je voudrais la
partager.
Maurille
AGBOKOU
Journaliste |