Mensonges d’Etat
8 Février 1988 – 20h30, la
télévision britannique ‘’Channel Four’’ dans son émission
‘’Dispatches’’ dénonce un contrat signé entre le gouvernement
béninois et la société Sesco Gibraltar.
Ce contrat également critiqué par La Lettre Afrique Energiesdans sa livraison n° 122 a été conclu pour
l’enfouissement de 50 millions de tonnes de déchets toxiques au
Bénin. La livraison devra se faire de façon progressive, à
raison de 5 millions de tonnes par an pendant 10 ans.
Le réalisateur de
l’émission John Longley diffuse dans son reportage une
photographie d’une énorme fosse d’un kilomètre carré sur sept
mètres de profondeur prise par le satellite Spot-1. D’après le
même reportage, cette fosse avait été localisée dans le
sud-ouest d’Abomey aux envions de Akiza
et Saclo non
loin de Bohicon dans le but de recevoir une partie des 50
millions de déchets conclus au contrat.
Le 18 mars 1988,
le journal français ‘’Le Canard Enchaîné’’ sous la plume
de Patrick Vautier, publie dans son style satirique un ‘’Avis de
déchets’’ qui informe l’opinion publique que le fameux contrat a
été signé par le gouvernement béninois le 12 janvier 1988 et se
demande comment un contrat du genre signé en GuinéeBissau revenait à 40 dollars la tonne et que celui
signé par le gouvernement de Mathieu Kérékou
mentionnait 2,5
dollars la tonne ?
Le 20 avril
1988, ‘’La Lettre Afrique Energies’’
enfonce le clou en révélant la livraison au Bénin d’une
cargaison de déchets nucléaires destinés à être enterrée à Saclo.
Un premier chargement aurait été transporté du Havre à Cotonou
sur le navire béninois ‘’Ganvié’’. Mieux, qu’un haut responsable
béninois aurait affirmé que plusieurs tonnes de déchets
nucléaires avaient déjà été enterrées dans cette région de 1984
à 1986 par l’Union soviétique.
Le 19 mai
1988, monsieur Nicéphore Soglo
inspecteur
général des finances et ancien administrateur de la Banque
Mondialeécrit également au
président de la World Bank pour protester contre ce comportement
des pays industrialisés qui mettent à profit les difficultés
économiques que traversent les pays du Tiers-Monde pour
transformer l’Afrique en dépotoir de leurs déchets toxiques et
nucléaires.
En somme, dès que
les personnalités politiques, la presse internationale et les
pays voisins ont été informés de la signature de ce contrat
mortel par le gouvernement révolutionnaire, les réactions ont
été bien vives.
Du 24 au 28 mai
1988 s’est tenu à Addis-Abeba
le 24ème
sommet des Chefs d’Etat et de gouvernement de l’OUA. Etaient
présents 28 Chefs d’Etat et 2 Chefs de gouvernement. Ce
sommet a été qualifié de ‘’sommet de la vérité’’ et devrait se
pencher pour l’essentiel sur une nouvelle dynamique à insuffler
à l’Organisation Panafricaine à travers une analyse critique et
approfondie du chemin parcouru depuis 1963.
Le président
Mathieu Kérékou ‘’blessé’’ à travers les différentes
publications portées contre son gouvernement sur l’affaire des
déchets toxiques, profite de ce sommet pour démentir
formellement les accusations portées contre lui et son
gouvernement. Dans son harangue du haut de la tribune de la
respectable organisation, il vociféra :
« Qui n’a
pas fait d’enquête n’a pas droit à la parole. Tel est
le principe cardinal qui guide l’action de la Direction
Nationale du Parti de la Révolution Populaire du Bénin et de
l’Etat béninois. Depuis le 26 octobre 1972, date de
déclenchement de la Révolution béninoise, démocratique et
populaire, nous estimons en effet que nous faillirons à notre
devoir si une mise au point n’était pas faite par nous devant
l’instance suprême de notre organisation continentale, d’autant
plus que ces derniers mois, une certaine presse en mal de
sensationnalisme et spécialisée dans l’intoxication et la
désinformation, dans le vil dessein d’exploiter à des fins
bassement lucratives , l’opinion publique internationale,
s’évertue à créditer la thèse selon laquelle, notre pays, la
République Populaire du Bénin, a signé un contrat secret tantôt
avec la France, tantôt avec une société dont elle se garde
impudemment de citer le nom, contrat secret qui permettrait au
partenaire de stocker des déchets nucléaires sur notre
territoire national moyennant certains avantages financiers.
Nous aurions pu
ne pas évoquer ici cette question dans la mesure où notre pays
n’a pas été cité nommément dans la résolution 1153 de notre
présent sommet.
Mais face à
l’ambiance de suspicion provoquée en notre sein par cette vaste
campagne d’intoxication et de désinformation, machiavéliquement
orchestrée contre notre pays, nous tenons à souligner
solennellement dans cette salle de l’Africa Hall, pétrie
d’histoire, que le gouvernement de la République Populaire du
Bénin a toujours respecté scrupuleusement ses engagements
internationaux au sein, comme en dehors de l’OUA
…’’
Un discours
pathétique et particulièrement applaudi ; malheureusement,
Mathieu Kérékou venait de mentir «solennellement dans cette
salle de l’Africa Hall, pétrie d’histoire ». Son gouvernement
avait bel et bien signé le 12 janvier 1988, un contrat de
stockage de déchets toxiques au Bénin avec la société Sesco- Gibraltar Limited.
La suite dans le livre « CREPUSCULE D’UN
DICTATEUR »