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Préface
Treize années nous
séparent aujourd’hui de l’historique Conférence nationale des
forces vives. Treize années au cours desquelles notre expérience
démocratique nous a menés de l’espoir le plus fervent à une amère
désillusion.
Souvenez-vous, entre 1990 et 1996, nous étions « le Bénin du
renouveau », « le Bénin, vitrine de la démocratie en Afrique »,
« le Bénin, pays modèle » …Et l’opinion nationale, sur le
qui-vive, bruissait de mises en garde et d’appels à la vigilance :
« Attention ! Nous n’avons pas le droit d’échouer » ; « Toute
l’Afrique fonde son espoir sur la réussite de notre expérience » ;
« Le monde entier nous regarde ». Un sursaut national nous
permettait de tenir le cap : relever notre pays de la faillite
politique, économique et sociale ; retrouver la fierté d’être
béninois. Bien sûr, au cours de ces six premières années, tout
n’allait pas pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais les
valeurs morales servaient de repères jusque dans l’arène
politique. Le pouvoir n’avait sans doute pas réussi à «faire
rendre gorge aux fossoyeurs de l’économie nationale » mais il
avait donné plus que la preuve de son engagement sincère et imposé
un certain respect de la chose publique. L’affirmation de la
nécessité d’une relation entre la politique et la morale offrait
de belles perspectives à la démocratie béninoise mais avait aussi
fatalement conduit Nicéphore Dieudonné Soglo
à perdre le pouvoir.
Mathieu Kérékou
« remonta (donc) en
haut » et, pour donner le change, plaçât solennellement son
premier mandat « sous le signe de Dieu ». De 1996 à 2001,
l’ambition démocratique qui subsistait encore s’érodait sous
l’action conjuguée de la corruption, de l’impunité et de la fraude
électorale. La démocratie semblait dès lors se résumer à
s’arranger pour gagner toutes les élections afin de se donner les
moyens de faire ce que l’on veut, envers et contre tous.
Progressivement, toutes les institutions de contre-pouvoir
passaient sous le contrôle de l’exécutif, l’opposition était
soumise aux manœuvres les plus machiavéliques visant à la réduire
à sa plus simple expression, la presse était de plus en plus
largement instrumentalisée. L’objectif semblait ne plus être le
développement et la fierté nationale, mais la réussite d’une
minorité de courtisans, de margoulins et d’arrivistes prébendés.
Ceux-ci prenaient ainsi leur revanche sur les intellectuels et les
universitaires qui occupaient majoritairement le devant de la
scène entre 1990 et 1996.
Depuis 2001, la
situation s’est aggravée de manière dramatique au point que plus
personne n’est désormais surpris d’entendre parler d’Etat mafieux
ou d’Etat voyou. Nos hommes et femmes politiques ne se sentent
plus vus. Ne comptent plus pour eux que le pouvoir et l’argent,
étant entendu que la fin justifie les moyens. Les élections
communales et municipales de 2002 ont révélé à ceux qui pouvaient
encore en douter la réalité de la fraude électorale .Que dire du
bâclage de ces élections qui n’ont pas été conduites à leur
terme ? Que dire de la réticence de l’Etat à transférer aux
nouvelles communes et municipalités les compétences ainsi que les
moyens humains et financiers prévus par la loi ? Les législatives
de 2003 sont venues enlever ce qui restait de sens aux élections,
l’un des principaux partis de l’opposition ayant choisi, dès la
proclamation des résultats, de rejoindre la mouvance
présidentielle pourtant déjà majoritaire. L’affairisme règne en
maître à tous les niveaux de la vie politique, administrative et
économique. Le débat autour de la révision de la constitution en
vue d’instituer une présidence à vie pour Kérékou
est une autre
preuve que nous ne vivons plus que dans une illusion
démocratique…En attendant le jour où fatalement surgira un homme
fort, au grand soulagement du peule berné, pour décréter la fin de
la récréation. Voilà où nous conduira, si nous n’y prenions
garde, l’amnistie sans condition que la Conférence Nationale a
accordée à Kérékou en 1990.
Tout se passe comme
si les Béninois s’étaient toujours trompés sur la vraie
personnalité de l’homme qui a présidé le plus longtemps à leur
destinée depuis 1960. Et cela constitue la source principale de
leur malheur. Janvier Yahouédéou revendique désormais pour eux
« le droit de savoir ». Dans Les vraies couleurs du Caméléon
(2002), il montre que malgré les masques successifs qu’il a
arborés au cours de sa longue carrière politique, Kérékou
est toujours resté
égal à lui-même depuis la fameuse affaire Kovacs
. Le présent volume,
Crépuscule d’un dictateur, poursuit, dans la même
perspective, l’œuvre commencée, en établissant le lien entre le
passé et le présent, entre une longue série d’affaires, depuis
l’achat de l’avion présidentiel en 1987 jusqu’à l’affaire Hamani
Tidjani en 2003.Le
lecteur découvrira que Kérékou I, II et III ne sont en réalité que
les étapes d’un long chemin de croix dont les Béninois espèrent
ardemment la fin pour bientôt.
Guy Ossito MIDIOHOUAN
Docteur ès Lettres,
Critique littéraire
Professeur à l’Université d’Abomey-Calavi
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