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Remerciements
A son Excellence
Mathieu Kérékou
, Président de la
République du Bénin
Excellence Monsieur
le Président,
Permettez-moi
d’adresser ces quelques lignes à votre Haute Autorité en guise
d’avant-propos. J’ai admiré votre attitude lors de la parution de
mon livre « Les Vraies Couleurs du Caméléon ». Malgré les
nombreuses fiches qui vous sont parvenues et les divers conseils
de vos thuriféraires qui se sont bousculés pour mieux se faire
voir, pour vous recommander, presque tous mon arrestation, qui
pour crime de lèse-majesté, qui pour outrage à votre honneur, et
d’autres pour propos mensongers et diffamatoires, vous avez choisi
le silence. J’ai dû me rendre à l’évidence de votre capacité à
surmonter les passions.
Le souvenir et les
mauvaises habitudes -dont on sait qu’elles sont difficiles à
perdre- liés à l’époque fonctionnelle de votre goulag, la
tristement célèbre prison de tortures de Ségbana
, aurait pu vous
inciter à me faire bâillonner. Certains charognards tapis dans
votre entourage n’attendaient qu’un signe de vous pour s’emparer
de ma personne, tels des carnassiers affamés et acharnés, pour me
faire taire à jamais. Mais vous avez tenu. Je vous en suis
reconnaissant.
Toutefois, après la
longue campagne de dénigrement sur ma personne autant par votre
ministre-griot que vos courtisans, dans le but de tordre le cou à
la liberté de presse, c’est le processus de ma mise à mort lente
qui est enclenché. J’ai été tacitement et sournoisement interdit
de marchés publics.
Cette stratégie
consiste à user de moyens grossiers et peu orthodoxes que sont
l’asphyxie économique, les inquisitions fiscales, la
marginalisation, le sabotage technique, et les pressions de tous
ordres. La suppression de marchés, c’est à dire la suppression de
tout contrat ou apport financier direct ou indirect des ministères
et entreprises publiques et semi-publiques, quelle qu’en soit la
forme au détriment d’une entreprise privée, appuyée par une
dynamique d’alourdissement de charges qu’elle ne peut supporter
(comme les redressements fiscaux par exemple), constitue un
mécanisme d’un coloris sournois, macabre, méchant et
anti-démocratique que l’on appelle simplement l’asphyxie
économique d’une entreprise dans un pays démocratique.
Pourtant, je suis un
Béninois à part entière. Le peuple béninois, mes collaborateurs,
ma famille, et moi-même avons pleinement le droit de vivre heureux
au Bénin. Est-ce un crime que de ne pas avoir les mêmes
perceptions du patriotisme que le chef de l’Etat ? Le droit à la
différence est-il désormais banni des droits reconnus aux citoyens
béninois sous votre règne ?
Excellence monsieur
le président, trouvez-vous normal que vos 21 ministres délaissent
des Peugeot 406 encore à l’état neuf pour des 607 (plus de 40
millions l’unité) alors que le Smic est à 27.500 Fcfa ?
Trouvez-vous normal
que depuis 5 ans votre ministre de l’Intérieur Daniel Tawéma
circule à chacun de
ses déplacements avec 4 véhicules de l’Etat alors que la police
manque cruellement de moyens pour assurer la sécurité des
contribuables et des populations ?
Trouvez-vous
acceptable qu’un illettré fossoyeur de l’économie nationale depuis
l’ère révolutionnaire s’accapare à zéro franc d’une société d’Etat
comme la Sonacop alors que l’enseignant ne gagne que 2000 Fcfa
comme prime de nuit et le paysan se meurt parce que incapable de
s’offrir les soins de santé élémentaires ?
Quelques mois après
l’admiration dont vous avez été l’objet de ma part devant votre
silence, c’est la déception qui a suivi. J’ai dû me rendre compte
que votre silence activait ma lente destruction, plutôt que des
arrestations ou représailles bruyantes,
L’asphyxie de mes
entreprises, mon emprisonnement ou une mort accidentelle, ça m’est
égal, car Excellence monsieur le président, tôt ou tard d’autres
béninois, nés ou à naître, auront le courage de parler, de
critiquer et de dénoncer afin de corriger les mœurs pour que vive
le développement du Bénin. C’est pour tout cela que je vous
remercie ; je vous remercie au nom du peuple béninois pour m’avoir
laissé la liberté de continuer de fouiller dans certains dossiers
sales de notre histoire, pour informer les générations futures
afin que la mémoire ne se perde. Car l'histoire est la rivière qui
irrigue les mythes et le compost qui fertilise les mémoires ; un
peuple qui perd ses mémoires est un peuple amblyope et un peuple
qui ne connaît pas son histoire est un peuple aveugle qui finit
par la faire bégayer avec les mêmes errements.
Veuillez m’excuser,
monsieur le président, pour le ton réquisitoire de ce livre; Il
peut accessoirement vous permettre de revisiter votre passé qui
est également le nôtre ; Vous pressentirez, Excellence monsieur le
président, le présage du nouvel abîme dans lequel vos amis et
courtisans s’apprêtent à nouveau à vous précipiter. En arrêtant de
protéger les prédateurs de l’économie nationale, vous éviterez ce
nouveau piège…peut être ! Car cette fois-ci c’est ce qu’on
appellerait une véritable sortie politique par la fenêtre.
Veuillez croire,
Excellence Monsieur le président, l’expression de mes sentiments
les plus patriotiques.
Janvier
Yahouédéou |