Le Vol au rang
des Vertus
28 Août 2003
– Il est environ 10h30. C’est le
débarquement des militaires nigérians à Porto-Novo, Capitale
administrative de la République du Bénin. Embarqués dans des
véhicules aux couleurs du Nigeria et sur lesquels on pouvait
lire « Fire for Fire », des centaines de militaires et policiers
nigérians armés jusqu’aux dents débarquent et s’installent dans
les locaux du Groupement sud de la Gendarmerie Nationale. Est-ce
une invasion ? Non. C’est tout simplement dans le but de
démanteler un puissant réseau de gangsters transfrontaliers, de
rechercher des véhicules de grand luxe nigérians volés et
revendus au Bénin. Ce réseau de malfrats est protégé par de
hautes autorités judiciaires béninoises et de celles en charge
de la sécurité. Le Chef de l’Etat nigérian Oluségun Obasanjo, qui n’avait donc
plus grande confiance, ni en la police béninoise, ni en sa
justice, s’appuie sur le fameux mémorandum conclu à Badagry
avec Mathieu Kérékou
le 14 août
2003, pour exiger la présence de ses propres forces de sécurité
sur le territoire béninois aux fins d’opérations de contrôle,
de patrouille, de perquisition et de recherche aussi bien des
véhicules volés que du présumé cerveau de cette mafia
transfrontalière, Hama Hamani
Tidjani. En
acceptant une telle présence militaire au Bénin, le chef de
l’Etat venait de mettre en péril la souveraineté et
l’inviolabilité du territoire béninois contrairement aux
dispositions de la constitution du Bénin.
Comment
en est-on arrivé à ce degré de pourrissement et d’avilissement
d’un Etat ?
Troisième trimestre 1967. Le président
français, le généralissime Charles de Gaulle disait à Foccart
son âme
damnée: « Vous avez raison. Et en plus, on s’apercevrait
qu’ils ne sont rien. Car figurez-vous, c’est la caractéristique
de cette race qui produit quelques éléments qui font illusion.
Même si le peuple noir était livré à lui-même dans un des Etats
de l’Amérique, il n’arriverait à rien et, très vite ce serait la
dégringolade ».
Tout
africain se sentirait blessé dans son amour propre à la lecture
d’une telle perception sur la race noire. Mais arrêtons de nous
voiler la face. De Gaulle a quelque part raison ! Après
quarante trois ans d’indépendance le bilan africain est plus que
catastrophique.
Ces ‘’quelques éléments qui font illusion’’
sont plutôt légion : Mobutu
Séssé Séko
Kuku Ngbendu Waza Banga
au Zaïre, Idi Amin Dada
en Ouganda, Sékou Touré
en Guinée, Jean-Bedel Bokassa en CentrAfrique, Mathieu Chabi Tchaad Kérékou
au
Bénin, etc.
De Mobutu
à Mathieu Kérékou
en passant par Jean-Bedel Bokassa de
« l’empire centrafricain » célèbre pour sa mégalomanie et sa
cruauté, la plupart des chefs d’Etats africains ont un grand
mérite en commun : conduire inexorablement le continent noir au
naufrage.
Au
moment où les Chefs d’Etats occidentaux luttent pour la
recherche technologique, se concurrencent pour mieux cerner le
cosmos, s’ingénient à laisser à la postérité une certaine valeur
morale, les despotes africains rivalisent d’ardeur pour asseoir
les valeurs immorales (vol, paresse, gangstérisme d’Etat…).
Le 20 mai 1976,
dans un discours officiel, le président Mobutu déclarait : « Si
vous désirez voler, volez un peu et intelligemment, d’une jolie
manière. Si vous volez tant que vous deveniez riche en une seule
nuit, on vous attrapera » Et lui même en a tellement volé
que sa
fortune
personnelle avoisinait 5 milliards de dollars US quand il a
quitté la scène du pouvoir par la petite porte. Belle profession
de foi qui fera bien des émules.
L’ex-dictateur
béninois, Mathieu Kérékou, n’est pas bien
loin ; dans l’une de ses déclarations en 1996, il annonçait « Que
ses ministres soient des bandits ou des voleurs – peu importe –
l’essentiel pour lui Mathieu Kérékou est qu’ils réalisent 50% de
son programme ».
Le vol au sommet
de l’Etat ne constitue donc pas pour Mathieu Kérékouun crime. Il l’a d’ailleurs démontré plus récemment
-en 2003- en qualifiant lui-même ses ministres de voleurs, de
filous, d’inconscients et de brigands, alors qu’il recevait son
homologue nigérien, en mai 2003. Mais tenez-vous tranquilles !
Au remaniement ministériel qui a suivi cette déclaration, un
mois plus tard, le 12 juin tous ces ministres présumés
voleurs ont été maintenus à leurs postes !
En 1996, le Bénin
était classé 153ème au regard de l’IDH à la prise de
pouvoir par Mathieu Kérékou. Après six ans de
gestion mafieuse au sommet de l’Etat, de cupidité, de magouille,
de corruption, et de pillage, son gouvernement a brillamment
réussi à expédier le Bénin à la 159ème place en 2003,
juste devant les pays sahéliens ou en guerre ; 159ème
sur les 174 Pays du monde, c’est dire que le Bénin est redevenu
l’un des pays les plus pauvres de la planète.
Le constat est
éloquent ! Puisque Mathieu Kérékou
a la même
approche que Mobutu pour oser hisser
le vol au rang des vertus, le pillage économique du Bénin
devient tacitement un mot d’ordre, un signal de ralliement.
Toutes les
sociétés d’Etat tombent à nouveau en faillite les unes après les
autres sous le regard incrédule de la population, à cause d’une
élite politique dite ‘’de la mouvance présidentielle’’ plus
soucieuse de son intérêt personnel que de son pays.
La suite dans
le livre « CREPUSCULE D’UN DICTATEUR »